Textes tirés du Missel « Sur ta Parole » janvier-février 2022
6e dimanche du temps ordinaire (C)
2e sem. du psautier
PREMIÈRE LECTURE
Du livre du prophète Jérémie (Jr 17,5-8)
Ainsi parle le Seigneur : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Il sera comme un buisson dans les terres désolées, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée, inhabitable. Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est l’espérance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. Il ne craint pas quand vient la chaleur : son feuillage reste vert. L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude, et il ne manque pas de produire du fruit. »
Commentaire de la première lecture
Nous sommes conduits dans la vallée de la décision ; devant nous s’ouvrent deux chemins : celui de l’humain et celui du divin. Si nous prenons le premier, cela signifie que nous plaçons toute notre confiance dans notre pensée, que nous nions toute altérité, que nous faisons ce que nous voulons et ce que nous pensons être le plus juste. Si nous prenons le second, nous décidons au contraire de toujours faire la volonté d’un Autre, de préférer l’action de Dieu à la nôtre et de nous reconnaître comme les enfants du Père. Le premier chemin s’appelle l’athéisme, le second la foi. Nier Dieu est très facile : il suffit de mettre toute sa confiance dans les conquêtes de l’homme, dans la science, dans la pensée philosophique athée. Affirmer Dieu signifie tout faire tourner autour de lui et être heureux de tout, pourvu que le Seigneur soit en nous et avec nous ; cela signifie recevoir toute chose des mains de Dieu et ne jamais se plaindre. Mais au fond, la substance reste toujours la même : il s’agit de répondre à la question suivante : à qui veux-tu appartenir, de qui veux-tu être ? Il n’y a pas de troisième voie : ou bien de Dieu, ou bien du démon. C’est ce que Jérémie voulait dire à ses contemporains, mais cela vaut pour tous, aujourd’hui encore.
DEUXIÈME LECTURE
De la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 15,12.16-20)
Frères, si l’on proclame que le Christ est ressuscité d’entre les morts, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité ; et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis.
Commentaire de la deuxième lecture
La phrase de saint Paul que nous lisons aujourd’hui dans la première lettre aux Corinthiens est l’une des plus importantes de tout le Nouveau Testament en ce qui concerne la spiritualité chrétienne : « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (v. 19). Notre vie dans l’Esprit Saint, notre appartenance au Christ ne sont pas ordonnées aux réalités de cette terre, car tout passe, se consume et finit : même cette terre à laquelle nous sommes si attachés finira et sera détruite, avec toutes les œuvres de l’homme. Ce qui demeure, en revanche, c’est le royaume de Dieu, la vie éternelle, la vie de communion au Paradis. Tout ce que nous faisons ici-bas a une portée pour la vie éternelle : rien de ce que nous vivons dans l’amour ne se perd, car le Christ ressuscité donne l’éternité à nos actes humains. Tout est perdu, en revanche, si nous agissons pour notre propre gloire, car celle-ci est une vaine gloire destinée à disparaître. Telle est donc la spiritualité chrétienne : faire tous nos choix pour Dieu et avec Dieu ; ainsi, nous mourrons à nous-mêmes pour ressusciter chaque jour avec lui.
ÉVANGILE DU JOUR
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6,17.20-26)
En ce temps-là, Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon. Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme maudit, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous et bondissez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation. Quel malheur pour vous qui êtes rassasiés maintenant, car vous aurez faim. Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez. Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »
Commentaire de l’Évangile du jour
Les béatitudes de l’Évangile de Luc s’inscrivent dans la ligne du dualisme que nous avons rencontré dans la première lecture du prophète Jérémie : ou bien blancs ou bien noirs, ou bien heureux ou bien accablés de malheurs, ou bien de Dieu ou bien du démon. En général, nous aimerions qu’il existe une troisième zone centrale, paisible, qui ne soit ni trop de Dieu ni du Malin ; une zone franche dans laquelle nous pourrions nous installer, décider pour nous-mêmes, être saints mais pas trop, avoir quelque petite passion tout en ne voulant pas appartenir totalement au Malin. Malheureusement, cette zone centrale grise n’existe pas, elle n’existe vraiment pas. Au contraire, les Pères de l’Église disent que dans la vie spirituelle, on ne reste jamais immobile, ce qui signifie que si l’on n’avance pas, on recule. La zone centrale est en effet celle de la médiocrité, et ce mot n’est pas présent dans l’Évangile. Être du Christ signifie être des héros de la foi, être consumés par le feu de la charité, avoir une espérance vivante, être, en un mot, heureux, même si les conditions extérieures sont pénibles ou difficiles. Le royaume des cieux souffre violence, et seuls les violents s’en emparent. Les violents sont ceux qui aiment sans mesure, sans se soucier du reste, sans se fixer de limites.

